À Wiesviller, l’entreprise Beck mise sur la diversification et l’économie circulaire

Installée à Wiesviller depuis plusieurs générations, l’entreprise Les Fils de Ferdinand Beck poursuit son développement dans un secteur du BTP confronté au recul du logement neuf et à la hausse des coûts. Sa réponse : diversifier ses activités, rester ancrée localement et développer de nouvelles solutions autour du réemploi.

Dans un contexte difficile pour le secteur du bâtiment, certaines entreprises cherchent à adapter leur modèle plutôt qu’à dépendre d’un seul marché. À Wiesviller, Les Fils de Ferdinand Beck en font partie. L’entreprise familiale, qui approche du siècle d’existence, intervient aujourd’hui dans de nombreux domaines du BTP, du bâtiment aux travaux publics, en passant par la rénovation et les chantiers industriels.

Cette polyvalence permet notamment de compenser le ralentissement de la construction neuve. « Il n’y a plus de logement neuf qui se construit », explique Frédéric Beck. Selon lui, le volume de construction de logements neufs aurait diminué de 50 à 60 % par rapport aux niveaux précédents. Une situation particulièrement difficile pour les entreprises qui travaillent essentiellement sur la construction de pavillons.

Une activité volontairement diversifiée

Chez Beck, la palette d'interventions est beaucoup plus large. L'entreprise réalise des constructions neuves, de la maison individuelle aux logements, mais intervient également sur des bâtiments publics, des hôpitaux, des musées ou encore des halls industriels.

Elle travaille aussi directement pour des entreprises, notamment dans l’entretien ou l’adaptation de leurs infrastructures lorsqu’elles installent de nouvelles machines. À cela s’ajoutent la rénovation, la réhabilitation, les reprises en sous-œuvre, certains travaux de maçonnerie et d’aménagement, mais aussi les travaux publics : voirie, réseaux, assainissement, adduction d’eau ou démolition.

« Le fait d’être très polyvalents nous permet de rester sur le secteur », résume Frédéric Beck.

L’entreprise privilégie d’ailleurs un rayon d’action d’environ 50 kilomètres autour de son siège, une organisation qui permet de limiter les déplacements des équipes et de conserver un ancrage local.

Le défi des coûts et des investissements

À la baisse du logement neuf s’ajoute la hausse des coûts. Les hydrocarbures, les transports ou encore certains matériaux pèsent sur les budgets des chantiers. Ces augmentations peuvent conduire certains projets à être redimensionnés, voire abandonnés.

L’entreprise adapte également ses investissements. Pour les engins particulièrement coûteux, elle privilégie parfois la location. Une pelle de 30 à 35 tonnes peut ainsi représenter un investissement proche de 800 000 euros, selon Frédéric Beck. La location permet alors de disposer du matériel nécessaire uniquement lorsque le chantier le justifie.

Cette capacité d’adaptation s’appuie aussi sur l’expérience de l’entreprise. Fondée en 1935, elle a évolué au fil des décennies tout en conservant une implantation locale.

Un Algeco transformé en véritable siège

C’est justement cette volonté d’anticiper les évolutions du secteur qui se retrouve dans le nouveau projet présenté à Wiesviller.

À l’origine, il y avait un Algeco acheté d’occasion. Frédéric Beck explique avoir immédiatement imaginé pouvoir le transformer en bureaux. L’entreprise a ensuite entièrement repensé l’ensemble, en réutilisant notamment des matériaux provenant de différents chantiers.

Selon le dirigeant, près de 50 % des éléments utilisés dans cette transformation sont issus du réemploi.

Le résultat dépasse aujourd’hui le simple bâtiment provisoire : l’ancien Algeco est devenu un espace de bureaux moderne destiné à accueillir le siège de l’entreprise.

Le sous-préfet souligne l’intérêt du projet

Présent à Wiesviller lors de la visite, Wassim Kamel, sous-préfet de l’arrondissement de Sarreguemines, a mis en avant l’intérêt de cette réalisation pour le territoire.

Pour le représentant de l’État, l’entreprise Beck illustre la capacité d’une société implantée en milieu rural à rester viable, à se développer et à anticiper les évolutions de son marché.

Il souligne notamment l’évolution de l’entreprise, passée d’une activité historiquement centrée sur la maçonnerie à un BTP beaucoup plus diversifié, avec aujourd’hui une ouverture vers l’économie circulaire.

Pour Wassim Kamel, cette implantation montre également qu’une entreprise peut continuer à se développer en milieu rural tout en anticipant les nouvelles attentes liées à l’habitat et au coût du logement.

Un projet qui mise sur le réemploi

Le projet présenté à Wiesviller constitue également, selon Wassim Kamel, un exemple concret de réemploi dans le secteur du bâtiment.

Le sous-préfet évoque un bâtiment réalisé avec plus de 50 % de produits recyclés, au-delà du seuil de 20 % qu’il associe aux nouvelles constructions dans le cadre des orientations publiques en faveur du recyclage.

Autre élément avancé lors de la visite : le coût de réalisation et de finition de cet ensemble d’environ 155 m² aurait été divisé par deux grâce à cette approche.

Pour le représentant de l’État, cette réalisation constitue ainsi un exemple concret de la manière dont l’économie circulaire peut trouver sa place dans le secteur du BTP.

Pas de subvention de l'État pour le projet

La présence des services de l’État ne signifie toutefois pas que la transformation du siège a bénéficié d’une subvention publique.

Frédéric Beck précise que l’entreprise a elle-même financé cet investissement. L’intérêt du projet réside davantage dans sa capacité à montrer concrètement ce que le réemploi peut permettre dans le bâtiment.

Pour l’entreprise, cette expérience pourrait également ouvrir de nouvelles perspectives commerciales. « On est capable aujourd’hui, comme on l’a fait, de pouvoir réaliser ça pour de futurs clients », explique Frédéric Beck.

L’objectif est notamment de montrer qu’un projet reposant sur la récupération et la réutilisation de matériaux peut aussi être esthétique, fonctionnel et économiquement intéressant.

Une entreprise familiale qui continue de recruter

Cette diversification ne se traduit pas uniquement par de nouveaux marchés. L’entreprise continue également de rechercher des salariés.

Les besoins concernent aussi bien le bâtiment que les travaux publics, avec notamment des profils dans la maçonnerie, la construction, le coffrage et la maçonnerie traditionnelle. Des postes à responsabilité dans le bâtiment sont également recherchés.

Les Fils de Ferdinand Beck souhaitent par ailleurs accueillir des jeunes en apprentissage, alors que le recrutement reste un enjeu pour l’entreprise.

À Wiesviller, l’histoire familiale se poursuit donc avec une nouvelle génération appelée à prendre le relais. Près d’un siècle après ses débuts dans la maçonnerie, l’entreprise cherche aujourd’hui à répondre à un secteur en pleine évolution : moins de construction neuve, des coûts plus élevés, mais aussi de nouvelles opportunités autour de la rénovation, de la diversification et de l’économie circulaire.