Paul Schwartz SARL à Bitche : trois générations au service du patrimoine


02 mars 2026

À Bitche, certaines entreprises font partie intégrante de l’histoire locale. La société Paul Schwartz SARL en est un exemple marquant. À travers le témoignage de Monsieur Éric Faul, troisième génération à avoir dirigé l’entreprise, c’est plus de 80 ans de savoir-faire, d’engagement et d’évolution du métier du bâtiment et de la pierre qui se racontent.

Une entreprise née dans l’après-guerre

L’entreprise est fondée en 1945, dans un contexte particulier : celui de la reconstruction d’après-guerre. À cette époque, le Pays de Bitche sort tout juste de plusieurs années de bouleversements liés à l’annexion et aux combats.

Le fondateur, Victor Schwartz, crée l’entreprise avec son épouse alors que les besoins sont immenses : il faut rebâtir, réparer, redonner vie aux villes et villages. Cette première génération pose les bases d’une entreprise ancrée dans son territoire, tournée vers le bâtiment et les matériaux traditionnels.

La deuxième génération : diversification et adaptation

Au début des années 1960, l’entreprise est reprise par le fils du fondateur. Le contexte économique évolue : le bâtiment fonctionne par cycles et l’activité doit s’adapter aux saisons.
Pour compléter les chantiers de construction, l’entreprise développe alors une activité de négoce de combustibles (fioul et charbon), très répandue à l’époque, lorsque le bois est encore largement utilisé par les particuliers.

Cette période marque une phase de stabilisation et de structuration, permettant à l’entreprise de consolider sa place dans le paysage économique local.

La troisième génération et le tournant du patrimoine

Éric Faul rejoint l’entreprise au début des années 1980, dans un contexte différent. Les décennies précédentes ont vu une forte utilisation du béton, parfois au détriment des constructions traditionnelles.
Dans le même temps, l’État et les collectivités commencent à engager des politiques de restauration du patrimoine, soutenues par des financements publics.

L’entreprise s’oriente alors résolument vers la taille de pierre et la restauration du bâti ancien : monuments historiques, édifices religieux, châteaux, ouvrages remarquables.
Cette spécialisation devient l’ADN de la société Paul Schwartz SARL.

Des chantiers emblématiques dans la région

Au fil des années, l’entreprise intervient sur de nombreux sites patrimoniaux, souvent en collaboration avec d’autres corps de métier. Parmi les réalisations évoquées :

Des églises, chapelles et calvaires en Moselle et en Alsace;

Des châteaux et fortifications, notamment dans le nord de l’Alsace;

La citadelle de Bitche, monument emblématique de Vauban, toujours en restauration;

Des interventions sur des sites complexes nécessitant parfois des moyens exceptionnels, comme l’hélitreuillage de pierres sur des éperons rocheux difficilement accessibles;

Des opérations liées à la restauration de bâtiments historiques, uniquement sur la partie pierre naturelle.

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L’entreprise n’intervient jamais seule : charpentiers, couvreurs, fondeurs ou autres artisans complètent ces chantiers où chaque spécialité est indispensable.

Une entreprise à taille humaine

À son apogée, dans les années 1990-2000, la société compte jusqu’à 45 salariés. Un choix assumé : rester une entreprise où le dirigeant est avant tout un professionnel du métier, proche du terrain, plutôt qu’une structure lourde axée uniquement sur la gestion.

Cette dimension humaine permet de préserver la transmission des savoir-faire, essentielle dans des métiers aussi techniques que la taille de pierre.

Fin de cycle et transmission autrement

Aujourd’hui, Éric Faul arrive à l’aube de la retraite. La continuité familiale ne se fera pas : les enfants ont suivi d’autres parcours professionnels.
Pour autant, l’activité ne disparaît pas totalement. D’anciens chefs d’équipe ont choisi de créer leurs propres structures, parfois dans d’autres secteurs géographiques, poursuivant indirectement l’héritage du métier.

Ce passage de relais illustre une réalité actuelle : les entreprises évoluent, se transforment, parfois se déplacent, mais les compétences et les hommes demeurent.

Un regard lucide sur l’avenir

L’entretien met aussi en lumière les difficultés contemporaines du secteur : dépendance aux budgets publics, incertitudes politiques, ralentissement des projets en période électorale, arbitrages budgétaires nationaux.

Pour autant, une conviction demeure : le patrimoine existant ne peut être abandonné. Avant de construire, il faut souvent déconstruire, sécuriser, restaurer, et redonner un usage à des bâtiments chargés d’histoire.

Crédit photo ÉRIC FAUL

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